Musée Balzac


Une lettre de Balzac à Gosselin
1832
(27,5 x 20,5 cm)

Cette lettre à Gosselin, datée de 1832, témoigne d'une crise entre l'écrivain et son éditeur à propos de Louis Lambert:

"Je suis heureux, Monsieur et ce certes pas pour moi, d'expliquer le tirage supplémentaire que j'ai fait faire de L. LAMBERT.
   Il y a plus de 60 journalistes de province auxquels je voudrais l'envoyer, il m'a paru difficile de faire peser ce tirage sur les exemplaires à vendre et j'en ai donné le papier pour qu'ils ne coûtassent presque rien.
   Votre lettre contient à ce sujet, des propos dont je dois être justement blessé, car ils attaquent bien gratuitement ma probité, tout étant chez votre brocheur.
   Vous concevez, à mon égard du moins, fort mal les relations qui doivent exister entre un auteur et un libraire, j'en suis fâché pour vous - 
   Un livre n'appartient jamais librement à un libraire et il y a des conditions inécrites qui régissent ce pacte fortuit -
   Mais, complètement désaffectionné de mon oeuvre pour une foule de raisonne, il résulte de ceci que je ferai mettre au pilon les 125 exemplaires, que j'abandonnerai l'œuvre à ses risques et périls et que s'il y a perte, je vous rembourserai.
   Quant au traité dont vous armez sans cesse que vous me l'avez rendu si intolérable que, plus tôt que vous ne le croyez, je l'aurai très légalement mis à exécution.
   Un jour, j'expliquerai les raisons qui m'ont, de jour en jour, rendu la littérature odieuse et il me sera bien difficile d'en oublier quelque chose.
   Mon beau-frère étant très occupé, pour ses canaux, n'a pas pu avoir l'honneur de vous répondre; mais par procuration passée chez Me Outrebun notaire le 15 Xbre dernier, j'ai constitué concurremment avec mon beau-frère pour mon mandataire, M. A. Borget, demeurant rue Cassini, lequel aura l'honneur de vous voir relativement au privilège dont le manuscrit sera toujours, suivant toute probabilité, prêt en mars prochain.
   Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération

samedi au soir.                                                          de Balzac

 

   


Poème de Pierre Benoît 
Benoit ( Pierre). Né à Albi. 1886-1962. 
Poème autographe, dont les personnages sont ceux de Balzac "Le Colonel Chabert"

... Nuit abjecte, nuit assassine.
Si Chabert, au Palais Royal,
N'avait pas rencontré Rosine,
son destin eût été Loyal.
De l'Europe avoir été maître
Et finir un jour à Bicetre
Rebut et honte faubourg
N'être plus qu'un vieux qui se saoule
Quand on a connu Bordessoule
Et tutoyé La Tour-Maubourg...

 


Lettre de Balzac au marquis Felix de Saint-Thomas
Chaillot fin septembre 1836
3 pages et demie in-8

Très belle et longue lettre après son voyage à Turin avec Caroline Marbouty habillée en page.
   De retour à Paris, Balzac remercie ses amis par des envois: Les Chouans avec envoi pour la belle comtesse SANSEVERINO, ainsi qu'un paquet pour l'abbé Gazzera. A la marquise, mère de son ami, il destine "les 10 premières feuilles, corrigées à la main de mon 3ème dixain [des Contes drolatiques], ce qui est une sorte de manuscrit beaucoup plus intéressant que tout autre aux yeux de ceux qui qui veulent bien attacher du prix à ces sortes de langes où se remuent la pensée, où elle fait sa toilette et que je jettais au feu autrefois. Or, ce dixain ne sera terminé que dans le mois prochain - patienza, signor Marchese ! Alors je joindrai à cet autre envoi ce que je vous destine à vous". Dans le livre pour l'abbé Gazzera, il y a la blague à cigare promise par Balzac et "Marcel" à M. de Seyssel "afin que prenant un cigare, il pense à nous". 
   Balzac donne alors des nouvelles de son "compagnon" de voyage. Caroline MARBOUTY: "Marcel est rentrée dans son ménage sans que jamais qui que ce soit au monde puisse se douter qu'il a vu Turin, les Alpes, la Suisse, le Piémont, et elle a repris ses tranquilles destinées en comptant sur la générosité des cavaliers piémontais au cas où ils retrouveraient la femme charmante qui s'était affublée de nos sacrés vêtemens: elle m'a chargé d'exprimer toute sa reconnaissance à madame votre mère, et il m'a prié de le rappeler à votre souvenir".
   A Paris, il retrouve tous ses soucis, et des chagrins [il fait allusion à la mort de Mme de BERNY, qu'il a apprise à son retour]: "j'ai été ici surpris par de violents chagrins qui retentissent dans toute la vie, en la teignant d'une couleur de deuil: puis outre cette douleur, j'ai trouvé des affaires entraînantes, des travaux littéraires qui me dévorent mes nuits, et je ne veux même pas vous dire tout le prix de cette lettre écrite à la hâte entre deux épreuves"...
   En post-scriptum, il ajoute qu'il enverra le paquet en deux fois, de peur qu'il ne sit trop gros, et se plaint de n'avoir vu que deux fois Madame GUIDOBONI-VISCONTI: "mais voici l'hiver et les Italiens revenus, je la verrai dans sa loge tous les jeudis et je m'acquitterai de v[otre] commission près d'elle".
   Correspondance, éd. Roger Pierrot. t.III. p. 143-145


Lettre de Balzac au marquis Felix de Saint-Thomas
Paris 9 février [1837, au marquis Félix de SAINT-THOMAS]
2 pages et demie in-8 

Il envoie enfin le "petit recueil d'épreuves" promis à la mère de son ami [Le Secret des Ruggieri] Il a été "violemment occupé", et écrit cette lettre à la hâte en se préparant à partir pour Milan. Il regrette de ne pouvoir passer par Turin:"les affaires vont si lentement en Italie que je suis forcé de prendre la ligne la plus directe et de tomber sur Milan par le Simplon et peut-être hélas ! de revenir de même. S je puis disposer de quelques jours. Je préfère en curieux les donner à Venise que je n'ai jamais vue"... Il le charge d'annoncer à l'abbé Gazzera l'envoi d'un "manuscrit dans le genre du vôtre, où l'on voit un peu trop à nu peut-être le travail de la pensée". Il le prie de l'excuser auprès du comte Sclopis: "à mon premier envoi, il aura un souvenir de moi". Il ne désespère cependant pas de revoir bientôt son ami: si j'arrangeais à mon gré l'affaire de Milan, je pourrais par la même occasion aller à Gênes, et revenir à Turin"...
   Correspondance, éd. Roger Pierrot. t.III. p. 143-145


Un manuscrit autographe de Balzac de la Préface pour Le Cabinet des Antiques
   Cette pièce se présente sous la forme de neuf pages sur huit feuillets bleutés in 4° montés sur onglet, avec de nombreuses corrections, additions et indications pour l'imprimeur, ainsi que des variantes pour le texte définitif.

   Cette préface constitue un véritable manifeste littéraire où Balzac livre ses intentions sur l'avancement de son oeuvre, parle de sa méthode créatrice et répond aux reproches et critiques.

   Il y déplore l'appauvrissement de la province au profit de Paris, qui ne cesse d'attirer ces trois supériorités: l'Aristocratie, l'Industrie et le Talent. "Le Cabinet des Antiques est l'une des scènes destinées à peindre les malheurs qui résultent de cette manie". Le comte d'Esgrignon est ainsi "la contrepartie de Rastignac", qui réussit là où le premier succombe.
   Balzac annonce la publication prochaine de la seconde partie d'Illusions perdues et évoque un projet (abandonné), Les Mitouflet, qui "présentera le tableau des ambitions électorales, qui amènent à Paris les riches industriels de la province, et comment ils y séjournent". Les Parisiens en province doivent peindre les catastrophes précipitant des familles de la capitale en province; il affirme également qu'il "ne renonce ^pas à ses Héritiers Boirouge, mais la gravité du sujet nécessite de longues études." C'est ainsi l'architecture de la future Comédie humaine dont l'auteur présente l'évolution, "toutes les proportions ont été dépassées à l'exécution. Ces devis littéraires ont singulièrement ressemblé aux devis des architectes".

   Balzac répond ensuite aux critiques, en traitant notamment la question du rapport entre la vrai de la réalité et le vrai romanesque, comparant la littérature à "la peinture qui, pour faire une belle figure, prend les mains de tel modèle, le pied de tel autre, la poitrine à celui-ci, les épaules de celui-là"; expliquant que les circonstances affreuses du modèle pour la mort du Père Goriot n'eussent pas été croyables, rappelant enfin l'importance du travail de l'artiste. "qui, dans le sérail de son imagination, ne possède les plus beaux sujets? mais entre ces faciles conceptions et la production il est un abîme de travail, un monde de difficultés que peu d'esprits savent franchir."